Sean O'Hagan, journaliste pour "The Observer", a eu la chance de suivre U2 tout au long de l'enregistrement de "No Line on the Horizon". En plus d'une vidéo, il nous offre un compte rendu et des extraits des entrevues qu'il a eues avec Bono. Voici un rapide résumé de son compte rendu.
Nous sommes en Janvier 2009, dans la maison de Bono, vers Dublin, et le chanteur accorde une heure au journaliste.
Bono révèle tout d'abord que les vingt quatre dernières heures de l'enregistrement de "No Line on the Horizon" ont été extraordinaires. "C'était comme de la calligraphie chinoise, quand les moines mettent une éternité à produire l'encre et bam! Tout d'un coup, c'est fini, en une seconde."
Dans quelques jours, U2 chantera pour Obama. "Le monde se réveille. Le changement va être difficile, mais ça va être excitant. Les choses prennent une tournure vraiment étonnante."
Dans quelques jours, No Line on the Horizon, le 12e album de U2 va sortir. Il s'agit de la plus grande remise en cause venant du groupe, depuis Zooropa dans les années 90. La naissance de cet opus a été difficile, et j'ai eu la chance d'assister à toutes les étapes de cette gestation, depuis Fez, au Maroc, en juin 2007.
Fez, Maroc, juin 2007.
Nous sommes dans la cour d'une riade, et Brian Eno n'est pas satisfait de ce qu'il entend. Le groupe a du mal à capturer l'atmosphère du pays. Dix huit mois plus tard, pourtant, Brian Eno, qui n'a pas l'habitude des hyperboles, nous révèle qu'enregistrer "Moment of Surrender" aura été un des plus grands moments de sa vie de producteur, ce qui veut tout dire. Cette chanson occupe la même place que "One" sur "Achtung Baby" : le centre émotionnel d'un album risqué. Larry Mullen dira lui aussi que le travail qu'ils ont fait à Fez restera comme un des meilleurs moments de la réalisation de cet album.
Le deuxième jour, à Fez, Adam se confie. "Le danger, c'est que les gens peuvent se mettre à penser que U2 n'est qu'une partie du "show Bono". Je l'admire, et le soutiens dans tout ce qu'il réalise en dehors du groupe, mais cette affirmation n'est clairement pas justifiée."
Une des choses les plus intrigantes, chez U2, c'est le fait qu'ils échappent totalement au mode de vie "Rock'n'Roll". Ça les a d'ailleurs empêché d'être populaire en Grande-Bretagne, capitale mondiale de l'ironie, où la sincérité parait ringarde, ou, pire encore, embarrassante. "U2 ne fait pas de la musique pour des raisons totalement égoïstes, explique Brian Eno, et c'est une des raisons de leur longévité."
Bono a d'ailleurs le dernier mot : "Je donne tout mon temps à ma famille, au groupe, et à mon engagement pour le monde. Tout ça, c'est une source d'énergie pour moi. Et mon moteur semble vraiment être performant, en ce moment".
A propos de son engagement politique, Bono revient sur ses désaccords avec l'ancien président Bush, ou avec Tony Blair, désaccords qu'il n'a jamais exprimés, pour ne pas desservir sa cause : "Tu me connais, et tu sais comme c'est dur pour moi de la fermer, sur quoi que ce soit".