
Groupe d'amateurs qui se sont rencontrés à l'école secondaire, U2 tient le haut du pavé depuis plus de vingt ans.
Une longévité exemplaire.
TRAJECTOIRE Sur papier, leur compte est vite fait: l'art originel de U2 est un mélange de post-punk et d'heavy metal, mais avec cela, l'on ne va pas très loin. Cela n'explique notamment pas pourquoi le quartet irlandais est quasi le seul à remplir des stades, partout dans le monde occidental, en trois ou quatre heures et ce, même après un disque disons moyen comme «How To Dismantle an Atomic Bomb». Si tel est le cas, c'est parce que, malgré cinq albums formidables et plusieurs chansons d'anthologie, U2 est et reste un groupe taillé pour la scène, et pas n'importe laquelle: la grande, celle du stade où se jouent d'habitude d'autres jeux. Déjà, la rythmique cogneuse, signée Adam Clayton et Larry Mullen Jr, est à la mesure de ces lieux gigantesques, où le gros son élancé et chargé d'écho de la guitare manipulée par Dave «The Edge» Evans trouve à s'épanouir. Une annonce aux valves Tout cela n'est pas le fruit du hasard... mais presque! Il se dit que, si The Edge privilégie les puissants accords au détriment des solos, c'est parce que, au début, il n'était pas capable d'envolées solitaires. Il faut recadrer cela dans l'histoire du groupe, qui s'est formé autour d'une petite annonce, lancée en 1976 par Larry Mullen Jr - 15 ans à l'époque -, aux valves de la Mount Temple High School à Dublin. Y répondent Paul Hewson, 15 ans, David Evans, 16 ans, Adam Clayton, 15 ans, et Dick Evans, qui quittera bientôt le groupe, alors appelé The Feedback puis The Hype et spécialisé dans les reprises des Beatles et des Rolling Stones, pour rejoindre les Virgin Prunes. Quand tous ces gamins ont commencé, ils n'étaient pas franchement fortiches en techniques, inconvénient dont ils ont tiré parti en tablant sur quelques découvertes devenant, avec le temps, le sceau du groupe. Et puis il y a Bono, tête pensante de la bande et chanteur au charisme taillé pour les larges scènes et les arènes bien remplies. Cet homme-là sait chanter à la foule! Et, si U2 opposait aux suivants du punk leur gros son de guitare, il répondait à leur nihilisme proverbial par une foi et une conscience politique affirmées. A côté de Bono, deux autres membres du groupe s'avouent catholiques pratiquants, ce qui est tout de même peu banal dans le rock. Côté politique, le drapeau blanc brandi par Bono sur fond de «Sunday, Bloody Sunday» lors de la tournée «War», est resté dans toutes les mémoires, à côté de titres célèbres comme «New Year's Day» ou «(Pride) In the Name of Love», en hommage à Martin Luther King. Ainsi, quel que soit le niveau de popularité - devenue planétaire en 1987 avec l'album «The Joshua Tree» -, quel que soit son sens aigu des affaires (avec l'iPod d'Apple par exemple), Bono a toujours conservé l'image de pur et dur qui sied au rock, mais qui a tendance à se perdre un peu. La mutation L'ultime raison qui a permis à l'étendard du rock irlandais de se protéger des outrages du temps, c'est son sens de l'innovation et sa capacité à se remettre en question. Sur la lancée de «The Joshua Tree» et de «Rattle and Hum», où le groupe versait son tribut aux musiques roots américaines, U2 renaît avec l'album «Achtung Baby» (1990) : réalisé par la même paire d'expérimentateurs à l'origine de «The Unforgettable Fire» et de «The Joshua Tree», à savoir Brian Eno et Daniel Lanois, l' album intègre des éléments issus de la scène électronique et de la dance. Trois ans plus tard, «Zooropa» creuse le sillon, tandis que, sur scène, Bono se mue en des personnages aussi fantasques que The Fly ou le diabolique MacPhisto... Jusqu'ici, le public a suivi U2 dans toutes ses aventures, même les plus risquées. C'est pour cela que, amorcé par «All That You Can't Leave Behind» (2000) et poursuivi par «How To Dismantle an Atomic Bomb», le prétendu retour aux sources a quelque chose d'inquiétant. Au demeurant, comme en témoigne l'engouement pour cette tournée, il n'a pas refroidi les fans.