En mars 1984, Paul Mc Guiness re-négocie les termes
du contrat du groupe avec Island. Désormais, ils reçoivent 2
millions de dollars d'avance pour chaque album. Une enveloppe est prévue
pour le tournage de 3 clips par album. Les droits d'auteurs sont multipliés
par 2. Le groupe récupère les droits d'édition des titres,
Island s'engageant à publier tout ce que le groupe souhaite. Le groupe
est désormais propriétaire de ses chansons. Ils ont également
le choix de leurs producteurs.

Jimmy Iovine refusant de produire le 4ème album, le groupe choisit Brian
Eno, ex-Roxy Music. Depuis la séparation de son groupe, il travaille
beaucoup en studio sur des musiques expérimentales. D'abord peu emballé à l'idée
de produire l'album du groupe, il se laissera persuader par Bono. Il emmène
dans ses valises le canadien Daniel Lanois, avec qui il a l'habitude de travailler.
L'enregistrement du nouvel album débute au château
de Slane Castle, dans la périphérie de Dublin. La musique qui
en ressort est plus expérimentale. Le groupe essaie de nouveaux sons.
Bob Dylan dira d'ailleurs à Bono lors d'une interview pour Hot Press
: «certaines de tes chansons seront éternelles, sauf que personne
ne sera capable de les jouer».
L'enregistrement se termine en août aux studios de Windmill Lane. L'album est beaucoup moins agressif qu'a pu l'être War. Ce nouvel album délivre beaucoup de messages sociaux (Bad) et politiques (Pride).

Le 29 août 1984 débute la tournée «Under Australian Skies Tour», qui précède la sortie de l'album. La tournée, qui se déroule en Australie et en Nouvelle-Zélande, rassemble au total 80.000 personnes mais n'est pas un franc succès. Le groupe n'est pas encore au point et a du mal à jouer les chansons du nouvel album. Seule « Bad » passe très bien auprès du public. Bono prend l'habitude de hisser une fille sur la scène pour danser avec lui sur cette chanson.
Le 1er single du nouvel album, Pride, sort en septembre 1984. Bono voit cette chanson comme la meilleure qu'ils aient jamais faite. Le single se place 3ème dans les charts britanniques mais n'atteint jamais le top ten américain.
Le 1er octobre 1984 sort l'album The Unforgettable Fire. Le titre de l'album est celui d'une exposition en hommage aux rescapés d'Hiroshima et de Nagasaki, visitée à Chicago lors de la tournée War.
L'album entre directement à la 1ère place des classements britanniques. A cette époque, Under a Blood Red Sky est encore 30ème et War et October sont toujours parmi les 100 meilleures ventes d'albums. Les ventes aux USA démarrent plus sagement. L'album n'entre qu'à la 47ème place et atteint le top ten au bout de 6 semaines.
La tournée reprend en Europe. En novembre, Bono et
Adam participent à l'enregistrement de la chanson «Do they know
it's christmas?», écrite par Bob Geldof, contre la faim en Afrique.
Le 1er décembre 1984, la tournée rejoint les États-Unis
et débute par un concert à Philadelphie. 10 autres dates sont
prévues sur la Côte Est et au Canada. Le groupe se retrouve un
soir coincé dans une chambre d'hôtel, sans pouvoir sortir à cause
des fans groupés devant l'établissement. C'est à ce moment-là que
les 4 prennent réellement conscience de leur célébrité.
Après une pause pour les fêtes de fin d'année, le groupe repart sur la route début janvier 85. Une quinzaine de dates sont organisées en Europe, puis c'est le début de la 2ème partie de la tournée américaine. Certaines dates sont prévues dans des stades. La célébrité ainsi que l'engagement politique et social de Bono commencent à déranger. Il reçoit des menaces de mort.
En février 85, les ventes de The Unforgettable Fire dépassent le million. U2 est élu «Groupe des années 80» par le magazine Rolling Stone.
Le 1er avril 1985, le groupe joue au Madison Square Garden de New-York. Un avion est spécialement affrété pour la famille, les amis et quelques journalistes irlandais. La salle accueille 19.000 personnes. Le concert est complet. C'est un succès. Les journalistes reviennent au pays et consacrent des pages entières à ce groupe de jeunes Irlandais qui a conquis l'Amérique. La folie U2 s'étend désormais à tout un pays.
En avril 1985, le 2ème single, The Unforgettable Fire, sort. Il atteint la 8ème place des charts britanniques. En juin 1985, la tournée se termine par un concert en Floride. La tournée américaine aura réuni au total plus de 500 000 personnes.
Les 4 profitent de la fin de l'année pour participer à divers concerts et faire des activités hors du groupe.
Le groupe joue dans quelques festivals d'été européens. Ils se produisent notamment au Croke Park de Dublin devant 55 000 personnes. C'est « le concert du retour ». Les enfants prodiges reviennent au pays.

Le 13 juillet 85, le groupe participe au Live Aid au stade
de Wembley. 63 artistes, sous la houlette de Bob Geldof, se produisent ce jour-là pour
la lutte contre le sida. C'est Jack Nicholson qui présente le groupe à la
foule. Il salue leur sincérité.
Le groupe joue Sunday Bloody Sunday et... Bad. Bono déclare ce jour-là : «We're
an Irish band. We come from Dublin city, Ireland. Like all cities, it has its
good and it has its bad. This is a song called Bad». Oubliant toutes
les consignes l'obligeant à ne pas bouger de la scène, Bono descend
dans la fosse qui le sépare du public et invite une jeune fille à danser
devant les 90 000 spectateurs et près de 2 milliards de téléspectateurs.
Bad dure 10 minutes. Le groupe n'a pas le temps de jouer Pride, prévue
initialement. Pour Paul Mc Guinness en coulisse, c'est un désastre.
Pourtant, le monde entier est touché par l'attitude de Bono, tellement
proche de son public. Les ventes d'albums du groupe triplent le mois suivant.
En
septembre 1985, Bono et Ali partent un mois en tant que bénévoles
en Ethiopie. Là-bas, ils sont très touchés et affectés
par la pauvreté de la population. Bono évoque souvent ce jour, à la
fin de leur séjour, où un homme le supplie d'emmener son petit
garçon en Irlande, pour qu'il ait une chance de survivre. La détresse
de cet homme bouleverse Bono et le conforte dans son engagement politique et
social.
En octobre 1985, Bono participe à l'album Sun City, une association d'artistes emmenés par Little Steven, pour dénoncer l'Apartheid en Afrique du Sud. Bono enregistre avec deux Rolling Stones, Keith Richards et Ron Wood.
En décembre 1985, Bono enregistre «In a Lifetime» pour
l'album du groupe irlandais Clannad.
Le groupe lance leur magazine «Propaganda», en janvier 1986.
En février 1986, le groupe gagne le concours du meilleur live organisé par
le magazine Rolling Stone.
Le 17 mai 1986, le groupe participe au concert Self Aid au Royal Society de
Dublin, pour aider les chômeurs irlandais. Les Boomtown Rats, Chris de
Burgh, Van Morrisson et Paul Brady sont également à l'affiche.
Larry enregistre «Make it Work», une chanson écrite par
le chanteur irlandais Christy Moore et qui est destinée à faire
partie de l'album Self Aid.
En juin
1986, la tournée Conspiracy of Hope débute pour les 25 ans de
l'association Amnesty International aux États-Unis. La tournée
parcourt 6 villes pour 15 concerts. Joan Baez, Peter Gabriel, Bryan Adams,
Lou Reed ou encore Sting participent également au festival. Le groupe
joue Pride, Bad, Sunday Bloody Sunday et 3 reprises.
Le dernier concert a lieu le 15 juin à New York devant 55 000 personnes.
Il dure 12 heures.
La tournée rapporte 4 millions de dollars et l'association triple ses
membres aux États-Unis.
En juillet 1986, Bono part au Nicaragua et au Salvador. Son séjour
lui inspire «Bullet the blue sky».
En août 1986, The Edge participe à la BO du film «Captive».
Il co-écrit la chanson «Héroïne» avec son amie
Sinead O'Connor, encore inconnue à l'époque.
La 2ème moitié de l'année 1986 est consacrée à ce
que le groupe appelle déjà « Le projet Joshua Tree »