Analyse de "Bullet The Blue Sky"
Cette chanson est vraiment unique pour plusieurs raisons. En effet, bien que présente sur un album au son très "américain", il s'agit d'un titre politiquement très engagé critiquant justement l'impérialisme des Etats Unis. Cette chanson est unique aussi par sa construction qui n'a rien avoir avec les autres chansons du groupe. Ici point de rythmique rapide comme Pride ou de changement de rythme à la 11 oclock. On assiste à un riff de basse identique tout au long de la chanson et à un beat de batterie surpuissant. Le jeu de Edge y est très subtile, tinté de slide(glissement d'un tube de métal sur les cordes nettement audible sur l'intro) et de larsens contrôlés (bruit strident qui dure très longtemps). Enfin ce texte est sans doute l'un des plus réussis de Bono et bien que le titre ne fut pas un single, il a été joué dans toutes les tournées qui ont suivi la sortie de " The Joshua tree ", preuve de l'attachement du groupe envers ce titre fabuleux et très riche.
L'idée de ce titre est apparue lors de la visite du Salvador et du Nicaragua, petits pays d'Amérique Centrale. Bono avait été choqué et marqué par le bruit des avions américains, du bruit des lancements de missiles et de leurs explosions. Ce bruit strident et étouffant, il voulait absolument le reproduire. Sur le titre c'est la guitare de Edge qui s'en charge au moment de l'intro avec le slide et au moment du discourt de fin(one hundred, two hundred). Pour la petite histoire il faut bien replacer la chanson dans son contexte historique. On est au milieu des années 80 en pleine guerre froide. Le président américain est alors Renald Reagan. Les Américains sont soucieux de jeter toute forme de communisme de leur continent et ils veulent absolument éviter la création de nouveaux " Cuba ". Les Américains n'hésitent alors pas à intervenir directement (envoie de troupes) ou indirectement(envoie d'armes de fonds) pour lutter contre le communisme et sa dictature en Amérique du sud.
Bono plante tout d'abord lors du 1er couplet un paysage complètement apocalyptique un vent hurlant, une pluie piquante des gens morts de peurs courant dans la vallée.
Ensuite pour la première fois apparaît le refrain basé sur une seule même phrase : " Bullet the blue sky " ce titre est très difficile à traduire. Il s'agit en fait d'un oxymore(phrase basée sur une opposition) d'une part avec bullet(munitions, cartouches, tirs d'armes) et blue sky(ciel bleu). Cette phrase pourrait donc être traduite par(c'est mon avis personnel, je sais qu'il existe d'autres traductions) : tirs de munitions dans le ciel bleu.
Avec le second couplet les choses se compliquent.
Bono continue à l'aide de sa camera virtuelle de nous décrire ce qu'il voit et ce qu'il entend : des nuages de sauterelles, des bourdonnements et des grésillements. Ensuite vient une allusion à la bible avec le combat entre Jacob et l'ange. Bono conclu alors que l'on récolte ce que l'on sème. Il voit ensuite des croix brûlées et des flammes de plus ne plus hautes.
De nouveau arrive le refrain puis le célèbre discours qui va définitivement fustiger la politique américaine: un homme d'affaire en costard cravate montrant ses dollars, des avions de combats qui survolent la région. Bono décris alors la vie souterraine des habitants terrés pour se sauver des bombardements. Dehors c'est l'Amérique et son impérialisme qui, en bon sauveur du monde, accueille les femmes et les enfants dans ses bras.
Bullet a été joué durant toutes les tournés et a chaque fois elle a été modifiée pour se confondre avec les titres et l'ambiance des tournées.
Versions Joshua tree / Rattle & hum :
Ces versions sont quasi identiques à la version album. Elles répondent au besoin de jouer live les nouveaux titres. Des modifications ont pourtant été ajoutées. Tout d'abord l'introduction. Il s'agit de l'hymne américain joué par Jimi Hendrix lors de son passage au festival de Woodstock en 1969. Cette présence n'est, à mon avis, pas du tout innocente. Les Américains lors de la tournée Us ont peu être pensés que le groupe voulait leur rendre hommage en jouant son hymne et bien c'est raté. Il faut aussi comprendre le contexte historique. Lorsque Hendrix a joué ce morceau en 1969, il s'agissait de dénoncer violemment l'intervention au Vietnam en "massacrant " a l'aide de guitares saturés ce bon vieil Hymne américain. Je pense que U2 a voulu faire la même chose : dénoncer la présence des Usa en Amérique latine. A la fin de ces versions lives Bono rajoute parfois un couplet dont le plus célèbre et celui de rattle &hum et dont la traduction est sur la vidéo.
Version Achtung baby et Zooropa tour :
Alors la c'est ma préférée. En fait le titre a été complètement retravaillé dans l'ambiance Achtung baby et Zooropa. Guitares très saturées, Wha Wha ravageuse, solo de guitares et voix trafiquée. Cette version est la plus hargneuse. Elle se rapproche par certains aspects à du hard rock. Bono hurle, les guitares de Edge saturent dans tous les sens, la basse d 'Adam s'étoffe et la batterie de Larry explose. Bono harangue la foule et critique le fascisme. Il n'hésite pas, en jouant ses personnages, à insulter les foules " fuck you, fuck you, we run into the arms of america " et puis cette version c'est aussi le fantastique solo de Edge qui démontre encore une fois qu'il fait parti des grands guitaristes de la planète.
Version Popmart tour :
Là encore le titre a mué. Il devient plus groovy tout à fait dans la logique de pop et de ses titres parfois " dance ". Le rythme de la batterie est complètement retravaillé et gagne en finesse. A noter aussi la place du titre dans la set list juste avant please titre au combien pacifiste. Malgré sa rythmique " groovy " ce titre reste encore très marqué politiquement comme en témoigne la version de Sarajevo "outside it's américa, outside it's France, outiside it's the UK " (dehors c'est l'Amerique, dehors c'est la France, dehors c'est la Grande Bretagne) phrase au combien symbolique car des troupes de ces mêmes pays sont présentes en Bosnie.
Ce titre est très riche et chacun d'entre nous peut le comprendre à sa manière. En tout cas il a forcement marqué U2 et il a démontré, par la même occasion, la capacité d'adaptation du groupe et sa faculté d'actualisation.