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Bono évoque longuement Steve Jobs dans Rolling Stone

Bono évoque longuement Steve Jobs dans Rolling Stone





Après avoir rendu hommage à Steve Jobs le jour de son décès, Bono a accordé à Rolling Stone une interview dans laquelle il analyse l'influence du créateur d'Apple sur l'évolution du monde, et où il parle de l'amitié qui le liait à Steve Jobs.


Nous avons traduit cet article pour vous :

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- Bono : Steve Jobs vient de l'ambiance rock and roll des sixties, ce qui est tout à fait fascinant. C'est une histoire énorme. Si vous aviez demandé au moment des eighties «Qui va inventer le 21ème siècle ?», vous auriez probablement pensé : les japonais, ou peut-être les anglais ou les allemands. Non, finalement, ça a été un groupe d'amoureux de musique porteurs de sandales, et venus de Californie. Ca c'est géant !

Pendand les sixties, des groupes de la baie de San Francisco ont imaginé qu'ils allaient changer le monde, mais ils ne l'ont pas fait. Ils ont changé mon monde, ils ont changé votre monde, mais ils n'ont pas changé LE monde. Avant qu'il y parviennent, ils ont disparu comme beaucoup d'entre nous l'ont fait, pris à leur propre jeu, les drogues et les vicissitudes de la vie ont pris leur part.

En revanche, la génération suivante a vraiment changé le monde. Les gens qui ont inventé le 21ème siècle ont eu la conscience formée par de la musique, et par de la puissante musique rock and roll. Et ce n'est pas juste Steve Jobs, c'était Paul Allen, c'était plein de gens. J'ai un jour dit à Bill Gates : « Je pense que vous n'avez probablement jamais écouté Jimy Hendrix », et il a protesté : « Vous plaisantez ! Pendant toute la période que j'ai passée avec Paul Allen, comment est-ce que j'aurais pu ne pas être influencé par Jimy Hendrix ? C'est ce que nous écoutions dix heures par jour ! ».

Ce qui est sorti de Haight-Ashbury* est tout à fait remarquable. Les enfants des sixties changent sérieusement le monde. Steve Jobs y a sa place. Il peut être considéré dans pas mal de domaines, comme le Bob Dylan des machines. C'est l'Elvis de la dialectique hardware-software. C'est un être progressiste, et son culte pour la forme, le son, les contours et la créativité n'est pas né dans une salle de réunion.

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- Rolling Stone : Est-ce que l'analogie avec Elvis tient vraiment la route ?

- Bono : Je respecte vraiment les businessmen qui ont l'œil et l'oreille artistique. Et ils sont très peu nombreux. Steve était un gardien très très dur et tenace de la marque Apple, mais ce qui lui a valu le respect des artistes c'était son insistance à vouloir que les choses soient belles. Il n'aurait jamais fabriqué des objets laids juste pour le profit.

La grande leçon pour le capitalisme est que Steve, dans son for intérieur, ne croyait pas que le consommateur avait raison. Dans son for intérieur, il pensait que c'était lui qui avait raison. Et que le consommateur respecterait un point de vue esthétique fort, même si ce n'était pas ce qu'il demandait au départ. Il croyait profondément que s'il produisait ce qui était juste et ce qui était grand, alors, il servirait la cause des actionnaires d'Apple alors que s'il cherchait à faire ce que les actionnaires voulaient, c'était une façon de les laisser tomber.

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- Rolling Stone : Quelle est l'essence de son héritage ?

- Bono : Ce mec, mon ami, et je suis fier de le dire, mon confrère – il a changé la musique, il a changé le cinéma, il a changé l'ordinateur personnel. C'est un merveilleux encouragement pour tous ceux qui veulent penser différemment, et c'est là que se trouve la connection avec les artistes. La photo d'Einstein qui tire la langue, c'est véritablement le cœur de la marque, c'est le coté punk rock, l'attitude, et l'esprit anarchique qui a rêvé le 21ème siècle. C'est un véritable encouragement pour les gens qui n'ont pas fréquenté d'écoles prestigieuses, qui ne savent pas comment utiliser un couteau et une fourchette, qui n'ont pas le bon accent. Cette attitude anarchique de la côte ouest genre « Allez vous faire voir ! » gouverne véritablement le 21ème siècle. C'est ce qui est en train d'arriver dans les rues du Caire, c'est ce qui est en train d'arriver en Afrique du Nord – où l'on rechigne à écouter les conseils de sagesse. Ce point de vue singulier, comme celui de Steve Jobs, est comme un gyrophare : quand vous êtes dans le brouillard, vous y allez : « Je passerai ».

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- Rolling Stone : Comment l'association de U2 avec Steve Jobs a-t-elle commencé ?

- Bono : Steve était en train d'essayer de faire le point sur la question fondamentale du moment : le travail des musiciens a-t-il une valeur ? Il pensait qu'avec iTunes, il faciliterait le respect du copyright intellectuel. Alors nous avons eu l'idée d'offrir «Vertigo» pour une pub pour l'iPod, et nous sommes allés voir Steve dans sa maison de Palo Alto. Ca a donné quelque chose comme : « Quoi ? Vous les gars vous voulez me donner une chanson pour une pub ? Wow, c'est super, c'est génial ! ». Alors nous avons dit que nous voulions être dans la publicité et il a répondu : « Peut-être, ouais, pourquoi pas ? ». Alors nous avons ajouté : « Nous ne voulons pas être payés, mais nous aimerions un U2 iPod, un noir ». Sa première réponse a été : « Ca ne peut pas marcher parce que tous les iPods sont blancs ». Mais ce qui est arrivé, c'est que plein de gens en voulaient, pas à cause de U2, mais parce qu'ils étaient noir et rouge !

Après ça, j'ai fait pression sur Steve en termes de lutte contre le SIDA, et sa femme a été un grand supporter du Global Fund, qui a été fondé par les Nations Unies pour essayer de fournir des médicaments aux maladies. Steve était très ouvert à ces choses, et je peux vous garantir que grâce à sa contribution au (Red) Global Fund, créé pour acheter des médicaments pour des personnes qui seraient mortes sans cela, il y a des dizaines de milliers de gens qui doivent le reste de leur vie grâce à l'engagement d'Apple.

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- Rolling Stone : Comment peut-on définir votre relation ?

- Bono : Dans ma relation personnelle avec lui, ce que j'aimais dans l'homme, c'était qu'il avait une façon de penser très claire sur des tas de sujets, et je pouvais me tourner vers lui. La dernière conversation que j'aie eu avec lui a été quand il m'a appelé parce qu'il se faisait du souci pour ma santé, ce qui en dit long sur lui. Ce gars solide était très tendre, et il m'a dit : « Je n'aime pas te voir comme ça, tu as l'air épuisé » et j'ai répondu : « Quoi ? Je vais bien ! ».

Quand je me suis blessé au dos et que j'allais mal, ce colis est arrivé avec des livres, des CD, et de la musique, et du miel de son jardin…des tonnes de choses sont arrivées à la maison. Alors oui, c'était un capitaine d'industrie, un véritable guerrier pour son entreprise. Mais je le considérais comme un ami très réfléchi, un merveilleux père pour ses enfants et amant pour sa femme. Il y avait deux faces en lui : celle du guerrier et aussi celle de l'homme très très tendre à la voix douce et posée. Il me manque déjà.


L'aticle original ici :
Bono on Steve Jobs rock and roll spirit



* quartier de San Francisco très célèbre au moment du mouvement Hippie.



Par U2achtung / Lien permanent vers la news