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Virgin Prunes

Biographie

 

 

Fondé à la mi-1977 à Dublin, il furent un temps considérés comme “le groupe rock le plus ouvertement subversif” (Mark Pr endergast, “Irish Rock”). Il bâtirent leur réputation sur des prestations scéniques et leurs looks extremes et outrageux,Guggi le blond arborant un superbe iroquois et une robe de femme, et une musique assez fascinante dénotant un goût certain pour une folie contrôlée,une tentative pour renouer avec une sorte de naiveté enfantine. Durant leurs premières années, ils se concentrèrent sur les concerts, essentiellement à Dublin.

À la fin des années 1970, il prirent de l'ambition et se mirent à sortir des disques. Le premier simple sort en 1980, et leur période la plus prolifique s'étendit sur les années 1981-82. Il sortirent notamment le projet "A New Form of Beauty ", un album plus accessible "If I Die I Die" suivi, quatre mois après, d'un coffret vynile 10" "Heresie" chez le label français pionnier "Invitation au Suicide".

Leur production musicale à cette époque fut décrite par Claude Bessy comme “un grand huit infernal passant par les moments les plus malveillants de Throbbing Gristle et de fortes doses d'expériences dissonantes dans le style des Stooges.”

À partir de 1983, le groupe se trouva affecté par leur important planning de tournées et le départ de membres influents du groupe, ainsi que le difficile accouchement de leur deuxième album, Sons Find Devils, plus esthétique. 1985 voit la sortie d'une vidéo rétrospective (titrée Sons Find Devils, bien que sans rapport avec l'album Sons Find Devils à sortir) et d'un album de raretés (Over the Rainbow).

 

 

Le groupe partit en tournée, et ne sortit l'album qu'au cours de l'été 1986, sous le titre final de "The Moon Looked Down and Laughed".


Gavin Friday, leader du groupe (le brun) à cette époque, quitta celui-ci en novembre 1986, ce qui scella sa disparition. Celle-ci fut confirmée par un bref commentaire sur la pochette d'un album enregistré en public, "The Hidden Lie", sorti en 1987.

Gavin Friday a sorti ensuite plusieurs projets, seul ou en groupe, dont le plus connu contient ses duos avec Bono de U2, pour la bande originale du film In the name of the Father. Les deux groupes ont en effet toujours été très proches bien que la musique et l'approche des Virgin Prunes soit beaucoup plus ambitieuse et extreme. Le frère de Guggi, l'autre chanteur du groupe durant la première période, est le jeune garçon qui figure sur trois des pochettes de disques de U2.

D'autres membres du groupe sortiront plus tard quelques disques sous le nom "The Prunes".

Merci à Wikipedia

 

Interview de Gavin Friday par C. Labussière/F. Thébault pour Premonition:

1995

 

 

Dès le départ, la musique des Virgin Prunes était très différente de ce que l'on avait l'habitude d'entendre avec le punk. Était-ce une volonté délibérée de votre part ?
Les Virgin Prunes se sont formés en 1978, nous étions très jeunes et nous ne savions pas très bien ce que signifiait réellement le "punk". Tout ce que nous savions, c'est qu'auparavant, pour former un groupe, il fallait être une espèce de Dieu de la musique, et le punk est arrivé et a dit : "Non, vous n'avez plus besoin de cela pour pouvoir vous exprimer". Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi tous ces albums sortis en 1978 / 1979 étaient si "calculés", pourquoi tous ces groupes voulaient se copier les uns les autres. Le punk n'existait déjà plus depuis un an et demi ! Il était déjà devenu un putain de cliché, du marketing, comme tout le reste. Je ne voulais pas sonner comme Public Image Limited, les Sex Pistols, le Pop Group, ou Joy Division, qui étaient les groupes dans le vent à ce moment-là. Je ne voulais ressembler qu'à moi-même ! Tu tires ton inspiration de ce que tu vois et de ce que tu entends, de tout ce qui t'entoure, donc tu dois le faire selon tes propres critères. Cela ne veut pas dire que je n'aimais pas ces groupes. Mais la philosophie du punk était bel et bien : "Sois toi-même, exprime-toi par toi-même".

Oui, mais tu n'étais pas seul, vous étiez un groupe, et donc vous confrontiez vos idées…
N'oublions pas que j'étais le leader, le grand homme, avec des idées fortes (sourire en coin). Il y a toujours un leader dans un groupe. Aujourd'hui, je suis un artiste solo, mais j'ai quand même des gens qui m'entourent. Maurice Seezer travaille avec moi, il me complète. Les producteurs avec qui je travaille, les musiciens qui interviennent sur mes albums, j'ai besoin d'eux.

Quelle était l'idée directrice de "A New Form of Beauty" ? Était-ce volontairement conceptuel ?
Pour moi, la musique est comme un film, un livre ou une pièce de théâtre, j'ai toujours vu ça comme ça… J'aime les disques qui font avancer les choses, qui sont des événements. Les films qui apportent quelque chose au monde. C'est très difficile de parler de la musique des Virgin Prunes, parce qu'elle était tellement spontanée ! Je crois vraiment que les grands musiciens, les grands artistes agissent purement par instinct, mais sans comprendre ce qui se passe. Pour ramener cela aux Virgin Prunes, on pourrait dire qu'il s'agissait "d'accidents planifiés". On savait pourquoi on le faisait, mais on ne savait pas ce qui allait en sortir.

"A New Form of Beauty" n'était pas un véritable album au départ, mais une œuvre qui comportait plusieurs parties…
Sept parties. Quatre seulement sont sorties en vinyle. La cinquième était un concert à Dublin -où il fallait être !-, la sixième était une vidéo basée sur ce concert que nous avons finalement décidé de ne pas sortir, et la septième était un livre, sur lequel nous avons beaucoup travaillé, mais chacun a trouvé un argument pour qu'il ne soit pas publié. Nous avons envoyé tout cela à Rough Trade en 1980, et ils ont aussitôt sorti tous nos premiers enregistrements : nos deux premiers singles, "A New Form of Beauty", ensuite le maxi "Pagan Lovesong" et pour terminer "If I Die I Die".

Le vrai premier album, "If I Die I Die", était produit par Colin Newman (Wire), pourquoi lui ?
J'adorais Wire. "Pink Flag", "Chairs Missing", "154", ce sont des albums incroyables. J'aimais Colin Newman, j'aimais son travail. Aujourd'hui je travaille avec Tim Simenon (Bomb The Bass) de la même façon, parce que j'aime ce qu'il fait. J'ai aussi travaillé avec Dave Ball (de Soft Cell et The Grid), pour les mêmes raisons, avec Flood, qui a produit Nine Inch Nails… J'aime le minimalisme aussi.

Avec le recul, "If I Die I Die" apparaît comme un album peut-être moins original que les autres… plus commercial ?
Commercial ! Nous avons sorti "Hérésie" juste après "If I Die I Die" ! J'aime les contradictions, j'aime casser le snobisme. "If I Die I Die" est un album très beau, et en même temps il y un morceau comme Ballad of the Man qui ressemble à une merde à la Bruce Springsteen ; oui, vraiment, écoute-la bien ! J'ai toujours voulu utiliser tous les moyens possibles pour m'éloigner du centre de la foule, c'était ça les Virgin Prunes.

Très peu de temps sépare en effet cet album du coffret "Hérésie"…
Nous avons sorti "Hérésie" quatre mois seulement après "If I Die I Die", avec le label français L'Invitation Au Suicide qui nous a fait gagner beaucoup d'argent ! Nous avions aussi notre propre label, Baby True, distribué par New Rose, qui a aussi rapporté beaucoup alors que nous étions supposés ne pas valoir un centime. Comme tu peux le constater, nous sommes énormes aujourd'hui (rires).
 


"Hérésie" était mi-live mi-studio, s'agissait-il d'un disque de commande ?
Oui. Au début, on nous a demandé de produire un album entier, mais nous avons seulement réalisé la première partie, studio, et nous nous sommes laissés enregistrer pour la partie live. Mais nous avons toujours été inquiets quant aux albums live, parce que tu ne peux pas contrôler ta spontanéité pendant un concert. Je crois même que c'est quelque chose que tu ne peux vraiment pas capturer. La partie studio devait être inspirée par deux mots : "suicide" et "meurtre".

"Hérésie" (coffret de 10"), comme "A New Form of Beauty" (7", 10" et 12"), n'étaient pas sous des formats traditionnels, le vouliez-vous vraiment ?
J'aime les contradictions. Mais je crois que là encore, il s'agissait de spontanéité, nous ne voulions pas devenir un nouveau cliché. Après "If I Die I Die", le groupe devenait de plus en plus populaire et la magie risquait de disparaître. Alors tu tues le flic, avant que le flic ne te tue…

La citation du philosophe J.K. Huysmans, imprimée sur la pochette de "Hérésie", correspondait-elle à un désir de donner un message à l'auditeur, de lui faire appréhender la vie différemment ?
D'une certaine façon, oui. Mais je n'aime pas trop le terme de "message", la société, la culture, sont tellement saturées par cela. Ce n'est pas un mal, mais il y a de si belles choses que l'on appelle "littérature", "poésie", "mots", qui disparaissent peu à peu. J'aime les introduire dans mes albums, les vrais "messages" ne me conviennent pas… Quand j'étais très jeune, à l'âge de quinze ans, les musiciens avaient cette démarche. Par exemple Jean Genie de David Bowie. Tu vois, tout commence par cette question : qui est Jean Genie ? Oh, Jean Genêt ? Bien, mais qui est-il ? À quoi ressemblent ses livres ? Alors tu ouvres un livre et tu lis. Et puis, tu te dis bon sang, j'ai lu deux pages et je n'y ai rien compris ! Mais quand tu es un peu plus vieux, alors tu comprends. J'aime ça. Je crois que les musiciens devraient être plus ouverts sur le monde. Il ne faut pas se borner à vendre un produit, il faut être ambassadeurs de l'art, de la littérature, de la culture. Donc j'aime les introduire dans mon œuvre. Cela peut paraître "arty", mais je ne suis jamais allé dans une école d'art de ma vie, je me suis éduqué tout seul.

Malgré cela, les Virgin Prunes, du moins en France, ont toujours été un peu considérés comme un groupe gothique, avec cette image très marquée…
(Gavin s'énerve sérieusement). Le gothique c'est de la merde, je n'ai jamais été goth ! Tout cela, c'était parce que nous portions du maquillage et des habits noirs. Écoute la musique, lis les paroles, nous n'avions rien à voir avec le "gothique".

N'est-ce pas frustrant d'exprimer des idées, de créer une musique qui est comprise de travers ?
Je ne peux rien faire contre cela, ce qui veut juste dire que ceux qui n'ont rien compris n'ont pas écouté la musique.

Pourtant, les Virgin Prunes véhiculaient également une image malsaine, morbide, très éloignée de la pop, par exemple…
Oui, mais utiliser le mot "gothique" n'est qu'un cliché de plus, c'est comme "grunge", "rap", c'est encore une façon de mettre une étiquette. Aujourd'hui encore, tout le monde dit que ma musique est du "cabaret". Je ne peux pas comprendre ce besoin de toujours tout étiqueter.

Que s'est-il passé après "Hérésie" ?
Nous sommes devenus complètement fous (rires) ! Nous étions vraiment très jeunes, tu sais. Le succès a duré cinq ans. Cinq années de folie… Il y a presque de quoi se suicider quand tu grandis en public. Nous n'avions que dix-huit ou dix-neuf ans quand nous avons formé le groupe et d'un seul coup, nous étions très connus. Tout s'est compliqué alors : la drogue, le sexe, des choses folles se sont produites et quand tu essaies de t'en sortir, tu stoppes tout.

Ce que vous avez fait ?
Non, pas immédiatement. Entre 1982 et 1984, nous avons tourné dans le monde entier. Fin 84, nous avons enregistré de nouveaux morceaux pour le dernier album du groupe, "The Moon Looked Down and Laughed". Je savais déjà, pendant son enregistrement, que ce serait le dernier, du moins en studio. Je savais que la spontanéité avait disparu. Il y avait d'autres problèmes, et cela a pris énormément de temps pour terminer l'album. Après une courte tournée qui a suivi la sortie de l'album (en 1986 -ndlr), j'ai décidé de tout arrêter.

La séparation des Virgin Prunes n'était donc pas la conséquence d'un désaccord entre ses membres ?
Si, il y a eu des engueulades entre nous, vers la fin. Parce que moi-même, Guggi et Dik disions que c'était terminé, mais pas Mary et Strongman, le batteur et le bassiste. Ils ont d'ailleurs continué et ont sorti des disques merdiques sous le nom des Prunes (moue dégoûtée). Je leur ai demandé de ne plus utiliser notre nom, c'était autant celui de Guggi, Dik et moi. Ils l'ont utilisé de façon illégale, nous ne pouvions rien faire pour l'empêcher. Les Prunes n'étaient qu'un putain de cadavre. Les Virgin Prunes sont morts fin 85 ; début 86, c'était terminé.

Lors de l'enregistrement du concert de 1986, "The Hidden Lie", votre dernier album, vous saviez donc tous que c'était fini ?
Oui, c'était d'ailleurs notre concert d'adieu. En juin 1986, j'étais chez moi, à Dublin, je me suis retiré trois mois à la campagne et je n'ai vu strictement personne. Puis je suis revenu, je suis allé dans des cabarets, je ne voulais plus penser aux Virgin Prunes. Je vois toujours Guggi et Dik. Guggi et moi avons fait de la peinture pendant deux ans. Aujourd'hui les Prunes ont eux aussi arrêté… d'ailleurs ils n'ont jamais commencé (rires) !

Tu es donc toujours en mauvais rapports avec eux ?
Oui, avec la section rythmique… Je n'ai jamais joué une seule chanson des Virgin Prunes après la séparation. La symbolique est importante… quand quelque chose est fini, c'est fini, point.

Par contre, tu as toujours été très proche de Bono…
Nous avons grandi ensemble. Dans la même rue.

Peux-tu nous parler de cette histoire de secte religieuse dans laquelle U2 et les Virgin Prunes se sont retrouvés ?
Cela s'est passé au tout début du groupe, nous n'avions pas encore sorti le moindre disque. Nous avions juste dix-sept ans et plusieurs d'entre nous étaient devenus très religieux. Cela a failli briser U2. C'est une expérience qui a quand même duré six mois.

Vous avez évolué ensemble musicalement, mais sur des voies très différentes. Comment analyses-tu vos deux carrières respectives ?
Elles ne sont pas comparables. Je crois qu'ils ont toujours voulu être des rockstars, dès le début. Ils voulaient suivre cette voie, alors que, de notre côté, nous n'envisagions même pas de vendre des disques. Mais je crois aussi que ces dernières années, U2 aurait bien aimé devenir les Virgin Prunes (rires) ! Mais ceci dit, chacun a toujours suivi son chemin. Notre amitié va beaucoup plus loin que la musique.

Mais la musique peut briser l'amitié, cela s'est déjà vu…
Oui, c'est vrai. Mais quand U2 était dans son trip rock'n'roll, nous en étions suffisamment éloignés pour qu'il n'y ait pas de duel entre nous ; nous-mêmes n'avons jamais été comparés à un groupe de rock'n'roll.

Mais as-tu toujours compris leurs disques ?
Oui, je peux les comprendre… cela ne veut pas dire que je les aime tous… (sourire malin). Ils ont fait de bons disques. "Achtung Baby" est leur meilleur.
 


Penses-tu que U2 et les Virgin Prunes soient deux groupes symbole des années 80, les plus éloignés mais peut-être les plus représentatifs ?
Non. Les Virgin Prunes étaient davantage rattachés à la fin des années 70. Mais je pense qu'une grande partie de notre esprit a influencé d'autres groupes, et c'est encore valable aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, nous avions fait notre temps. U2 a survécu car il se réinvente en permanence. Souviens-toi du Bono brandissant un drapeau blanc, et du Bono "disco" de 1993. Tout a beaucoup changé, je crois surtout grâce aux nineties. Les années 80 étaient une putain de décennie de merde. Un cauchemar. J'étais tellement content quand 1990 est arrivé. J'ai eu du bon temps, c'est vrai, mais tout était vraiment pourri : l'argent, le gouvernement, ces modes de pensée, l'Europe des années 80, tout cela, quelle merde.

Crois-tu que les années 80 étaient si noires, que ce n'était pas plutôt toi, qui depuis a évolué, qui voyait tout en noir ?
Non, je ne crois pas. Quand tu es jeune, c'est vrai, tu es plus destructeur, car tu es frustré, en colère. Je suis toujours en colère, mais de façon plus gaie ! Il faut que tu évolues, que tu te développes, sinon tu retombes dans ce fameux cliché. C'est cela qui ne va pas chez beaucoup de gens. Regarde les Rolling Stones…

Qui, selon toi, a bien maintenu sa barque ?
Oh, il y en a beaucoup ! Et il y a beaucoup de trous du cul aussi ! Qui j'aime, depuis les années 60 jusqu'aux années 90 ? Scott Walker, qui vieillit dignement… Nick Cave, oui, j'aime beaucoup Nick Cave. Il devient vieux, il change. Birthday Party était un groupe sauvage, Nick Cave & the Bad Seeds n'ont plus rien à voir… Nick Cave est papa… mais c'est toujours un enculé (rires) !

Quand l'aventure des Virgin Prunes s'est arrêtée, as-tu eu des regrets ?
Je ne regrettais pas les Virgin Prunes, je n'avais aucun regret ; je respecte d'ailleurs toujours ce que j'ai fait avec eux, je l'adore, j'en suis fier… il n'y a rien de négatif avec ce groupe. Mais je ne savais pas où j'allais, j'étais perturbé. J'ai peint pendant plus d'un an et demi avec Guggi, et puis à force de m'entendre dire : "tu devrais exposer, tu devrais exposer", eh bien je l'ai fait. Et cela m'a rapporté un peu d'argent, pour changer ! En fait, c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que je voulais remonter sur une scène, faire de la musique et écrire des paroles, et que j'ai commencé à travailler sur mon album solo. Si tu peins, alors tu dois t'y consacrer exclusivement. C'est la même chose en musique. Tu écris, tu enregistres, tu donnes des concerts. Si tu fais plusieurs choses à la fois, tu risques d'en souffrir. Mais je peins toujours, juste pour moi, chez moi ; c'est ma façon de m'évader, de me relaxer.

Quel moyen d'expression est le plus parfait selon toi ?
Ils sont tous différents. Je suis un musicien de soul pop… pour moi, la musique est une énergie différente. Je crois que la peinture est une expression qui te convient plus quand tu as cinquante ou soixante ans. Jouer sur scène et voyager autour du monde n'est pas envisageable quand tu es trop vieux. La peinture t'empêche de devenir un jazz rocker… ce que je vais sans doute devenir quand même quand j'aurai soixante-cinq ans (rires) ! J'aime aussi faire du théâtre, les Virgin Prunes étaient de fabuleux acteurs de théâtre, j'aime ce contact entre le public et l'artiste. Les racines de ma famille sont là, sur une scène de théâtre.

Avec les Virgin Prunes, vos performances étaient très provocantes, très choquantes.
Oui, mais aujourd'hui le rock tout entier est devenu choquant. Cela, c'était il y a des années. Aujourd'hui les gens s'y sont habitués, plus rien ne choque personne. Qu'est-ce qui dérange à notre époque ? Les gens allument leur télé et voient les Serbes évacuer des populations entières, ils voient la France faire exploser des bombes nucléaires dans le Pacifique, mais sont-ils choqués ? Non, ils s'en tapent ! Plus rien ne choque les gens. Si la Reine d'Angleterre apparaissait à la télé et disait : "Allez vous faire mettre, bande de branleurs", alors là oui, ça les choquerait ! En fait, tu me parles d'une époque où je me baladais partout dans Dublin avec ma robe et mon maquillage, mais maintenant tu peux voir plein de mecs se balader dans la rue, en robe et maquillés… Les temps ont changé, les choses se sont transformées… et ce n'est pas un problème.

Que penses-tu de ces nouveaux mouvements et des looks qui vont avec ?
C'est très beau, un anneau dans un nez ou ailleurs, mais désormais tout cela est aussi devenu un putain de cliché… Je crois que la musique ne devrait pas être cette volonté de suivre un leader, il y a eu tellement de styles : gothique, psyché, grunge, punk… qu'est-ce que cela signifie ? Des étiquettes de plus… Je crois que Nirvana a eu de grands moments, ils étaient jeunes, frustrés, en colère, méchants. Ils ont fait quelques chansons inoubliables et puis ils se sont sabordés. Le public a essayé de les photocopier.

Pourrais-tu retravailler avec d'anciens Virgin Prunes ?
J'ai travaillé avec Guggi, mais pour faire de la peinture, pas de la musique. Peut-être me contredirai-je un jour, peut-être… Pourquoi pas retravailler avec Guggi et Dik, oui, mais pas avec les deux autres, non. Je ne pourrai jamais oublier ce qu'ils ont fait… (puis il éclate de rire).

Heresie (1982)
If I die, I die (1982)
A New Form of Beauty Parts 1 - 4 (1982)
Over the rainbow (1985)
The Moon Looked Down and Laughed (1986)
Sons find devils (1987)