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03/03/1997

  • Produit par : Flood, Howie B
  • Edité par : Island Records

Histoire

    Ni bêtement jeuniste ni gratuitement opportuniste, le nouveau U2 est avant tout une invitation au jeu.
    Un disque décomplexé, souvent drôle, quelquefois inventif. C'est une montagne. Une chaîne de montagnes. Les Alpes du genre rock, avec pics, glaciers, lacs enfouis et crevasses. Un massif imprenable, insondable, impossible à cerner en quelques lignes. D'où recul nécessaire, obligation de modestie pour celui, un peu naïf, qui se mettrait en tête de photographier le monument comme on jauge le premier groupe venu.

    U2, c'est le palais des miroirs déformants, foutue patinoire pour visiteur mal chaussé. On croit circonscrire la chose, la juger raisonnablement - verdict commun : inégal groupe irlandais à ego boursouflé -, puis on se prend en pleine face un de ces coups gagnants comme "One" ou "Numb", une de ces réussites flagrantes capables de faire douter le plus cynique des cyniques. Finalement, la façon la moins hasardeuse d'entrevoir ce qu'est devenu U2 après bientôt vingt années d'existence, c'est encore de ne considérer que la partie la plus tangible de son travail. Ne pas s'encombrer de tous ces poncifs fumeux qui engourdissent l'oreille, de ces idées reçues sur Bono-le-Messie. S'en tenir au disque présent, le traverser comme on découvrirait l'album d'un groupe débutant.

    C'est donc par la "Discothèque" qu'on pénètre dans le monde résolument moderne de "Pop", collection de chansons dont on sait d'entrée qu'elles s'avancent sans prétention mal placée. Position aussi symbolique qu'avantageuse pour single pas sérieux, exercice ludique et dansant envoyé en éclaireur. Une fois définies les règles du jeu - en 97, U2 se fait plaisir -, il faudra encore un crochet par un "Do You Feel Loved" nouille et emphatique avant d'entrer de plain-pied dans l'actualité selon Bono & Co. Ce qui se fera finalement grâce au salutaire "Mofo" - planté habilement au croisement des routes défrichées par Prodigy, Underworld et les Chemical Brothers, avec boude ravageuse et voix codée -, aux bouillants "Gone" et "Miami" et au voluptueux "If You Wear That Velvet Dress", ballade venue au monde un soir d'improvisation avec Nellee Hooper.

    Là, très vite - en quatre chansons à peine -, U2 emporte la mise : Bono, en grande forme lyrique et lexicale, passe le plus clair de son temps dans une ombre relative, en retrait mais pas trop, tranquille et inspiré, jamais cavalier. De mélodies basiques mais intègres en arrangements souples et ingénieux - admirablement gérés par Flood, possible Brian Eno des années 90 -, le groupe veille avant tout à préserver son apparence humaine, terrienne. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir parfois recours à quelques vieilles ficelles cinématographiques, comme sur "If God Will Send His Angels", énième redite d'une thématique religieuse un brin obsédée, ou "Last Night On Earth" - chassez le naturel, il revient au galop -, mais ancre le plus souvent le propos du groupe dans une modernité et une proximité réjouissantes. Les claviers et les sequencers sont chauds, organiques, les guitares jouant régulièrement le rôle du nécessaire ciment entre le monde du rock et celui, plus hybride, de "Pop".

    Comme le Bowie aventurier qu'on a pris l'habitude de fréquenter depuis deux ans, le U2 contemporain ne s'égare donc jamais complètement, ne perd jamais le rivage de vue, un oeil en direction de la lune, un autre fermement rivé sur terre. On pourra regretter cette incapacité au grand saut, comme on pourra se réjouir de voir l'un des groupes les plus commercialement marquants du monde remettre ses billes en jeu. Pour un "Staring At The Sun" anecdotique - auquel on doit quand même ces quelques mots, sommet d'autoparodie : "Bon sang, l'arbitre ne veut pas siffler la fin du match! Dieu m'entendra-t-il?"-, ce sont plusieurs efforts déterminés (The "Playboy Mansion", "Please", "Wake Up Dead Man") qui viennent convaincre que le U2 de cette fin de siècle n'a que faire d'une gestion petits bras, mordant désormais à pleines dents dans la gratuité et la légèreté du genre pop. Groupe décomplexé, émancipé, U2 s'amuse. Et nous, souvent, avec lui.